jeudi 14 mai 2009


Léo Ferré est une des références incontournables de la chanson française. Mêlant le lyrique et le populaire, la tradition et l'utopie, l'amour et l'anarchie, Ferré dépeint des états d'âmes plus qu'il ne raconte des histoires. Il secoue plus qu'il ne flatte. Il bâtit une parole prophétique pour mieux capter l'essence des choses existantes.

Ferré est considéré comme un poète marquant de la deuxième moitié du XXe siècle, avec une expression riche et profonde, où l'influence du surréalisme se fait sentir (surtout dans la dernière partie de l'oeuvre). Il utilise un vocabulaire étendu, des champs lexicaux récurrents plutôt inattendus (du moins pour la chanson), joue avec la connotation usuelle des mots, forge des néologismes, crée des images complexes s'engendrant les unes les autres, avec de nombreux changements de registre et de rythme ; l'intertexte littéraire y est abondant, le sens rarement univoque.

En tant que pur écrivain, il a abordé - en les subvertissant à des degrés divers - le récit d'enfance (Benoît Misère), le genre épistolaire (Lettres non postées), le texte de réflexion (Introduction à l'anarchie, Technique de l'exil, Introduction à la folie), le texte de circonstance (préfaces à Verlaine, à Caussimon...). Il s'est frotté au théâtre (L'opéra des rats), il a publié des recueils (Poète... vos papiers !, Testament phonographe) et composé de vastes poèmes sophistiqués (La mémoire et la mer[16], Le chemin d'enfer, Le loup, Death... Death... Death..., Métamec).

Léo Ferré est aussi un infatigable passeur. En mettant en musique ses modèles et ses affinités (Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, Villon, Jean-Roger Caussimon, Aragon, Rutebeuf, Cesare Pavese et quelques autres), il contribue à les faire connaître et aimer d'un public élargi.

On reconnaît moins unanimement ses qualités de musicien, alors que les harmonies chez lui sont riches et la mélodie inspirée. A partir de 1971, devenant son propre orchestrateur, Léo Ferré donne vie à son idéal esthétique de la chanson symphonique, pour un résultat souvent flamboyant. Ce choix a pu sembler hasardeux à certains, mais ce classicisme l'éloigne d'une inscription précise dans une époque et le prémunit avec une belle ampleur des aléas de l'air du temps.

Hors de la chanson, il s'est essayé à la composition de différents genres : l'opéra avec La Vie d'artiste (inachevé), l'oratorio avec La Chanson du Mal-aimé (texte d'Apollinaire), le « ballet » avec La nuit, la musique instrumentale avec La Symphonie interrompue, Le chant du hibou, Le concerto pour bandonéon (inachevé), et enfin la BO pour le cinéma avec Douze heures d'horloge avec Lino Ventura et L'Albatros de Jean-Pierre Mocky. Il faut ajouter à cela la direction d'orchestre, qu'il apprend en autodidacte. De 1975 à 1990, Léo Ferré dirige occasionnellement les orchestres symphoniques qu'on veut bien lui prêter, lors de représentations en France, en Italie, au Canada, en Espagne, en Suisse et en Belgique.

1 commentaire:

  1. pourqoi est-il mort si tôt?
    j'ai eu le plaisir de le rencontrer il avait un coeur gros comme ça!

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